DE GAULLE (Charles, Général). - Lot 43

Lot n° 43
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DE GAULLE (Charles, Général). - Lot 43
DE GAULLE (Charles, Général). Lettre tapuscrite avec signature autographe, adressée au Général Koenig, Commandant en Chef de la Zone d'Occupation Française en Allemagne, à Paris, le 29 octobre 1945. Mention manuscrite "Confidentielle". 6 pages et demi. Très intéressante lettre sur la gestion géopolitique de l’après-Guerre et l’administration de la Zone d’Occupation Française. "Mon cher Général, La Conférence de Londres a abouti à un échec dont rien n'annonce qu'il puisse être réparé avant longtemps. D'autre part, les gouvernements anglais, américain et soviétique ne se décident aucunement à adopter les bases de règlement que nous avons proposées pour les questions de la rive gauche du Rhin, de l'administration interalliée de la Ruhr et de la neutralisation du cours du Rhin. Les mêmes gouvernements, pour des mobiles d'ailleurs divers, sinon opposés, persistent à préconiser la formation d'une administration centrale allemande qui ne saurait mener qu'au redressement des espoirs en un nouveau Reich et à des frictions entre alliés. Enfin, il est manifeste que les Anglais s'efforcent de faire croire à une volonté spontanée d'amitié des masses allemandes et de combattre les tendances à l'autonomie locale qualifiées de séparatistes. Dans ces conditions, nous devons pousser activement notre politique propre dans notre zone et aboutir aux premières réalisations. Nous y sommes, d'ailleurs, amenés par la nécessité de faire vivre dans le présent et dans l'avenir les populations dont nous avons la charge, notamment sur la rive gauche du Rhin. Dans l'incohérence du système interallié, ces populations ne peuvent trouver de recours qu'en nous-mêmes. Beaucoup d'indices montrent qu'elles le comprennent. L'attitude prise par une personnalité de l'importance d'Adenauer est caractéristique à cet égard. Au point de vue économique, certaines mesures me paraissent devoir être prises d'urgence. C'est ainsi que le rattachement à la Société Nationale des Chemins de fer français, au point de vue de la direction et de l'exploitation, du réseau des chemins de fer de notre zone d'occupation, tout au moins sur la rive gauche du Rhin, s'impose dès à présent. La prise en charge directe des Mines de la Sarre par notre services des Mines et, peut-être, la création d'un système d'exploitation commun à ces Mines et à celles de Sarre-et-Moselle, sont les seules solutions pratiques imaginables. D'autres dispositions, concernant le Ravitaillement, la Monnaie, les Douanes, la Reconstruction, et tendant à conjuguer les services locaux avec nos services français, sont à envisager immédiatement, sous peine d'aboutir bientôt à la ruine irrémédiable des territoires que nous avons pris sous notre responsabilité. Il est, en effet, trop évident, qu'exception faite pour le charbon de la Ruhr, ces territoires n'ont rien à attendre des zones d'occupation russe, américaine et britannique et ne peuvent rien faire pour elles. Au contraire, notre pays, dont le redressement économique est largement commencé et qui est leur voisin immédiat, sera chaque jour davantage en mesure de les associer à sa prospérité renaissante. Au point de vue démographique, nous pouvons, et nous pouvons seuls, offrir un débouché et probablement un établissement définitif à l'excédent de populations des territoires rhénans. La nécessité de notre reconstruction et le développement de notre industrie nous obligent à prévoir l'emploi et sans doute l'assimilation progressive d'un grand nombre d'étrangers. Dès à présent, vous pourriez proposer un commencement d'exécution que les Ministères du Travail et de la Reconstruction sont disposés à favoriser. A ce sujet, j'appelle votre attention sur la récente ordonnance adoptée par le Gouvernement sur le statut des étrangers en France. Au point de vue politique, il est indispensable de donner aux administrations dans notre zone un caractère rigoureusement local, notamment en ce qui concerne l'origine des administrateurs. Ceci s'applique au Palatinat, à la Hesse-Nassau, à la Province Rhénane, et au Pays de Bade, chacun de ces territoires étant à traiter séparément. Nous ne devons à aucun prix, sous prétexte de commodités momentanées, conserver l'armature prussienne et bavaroise de l'ancienne administration. Je vous prie d'apporter au prochain Comité des Affaires Allemandes toutes propositions et précisions nécessaires concernant ces diverses mesures et aussi toutes autres que vous croiriez utiles d'envisager dans le même ordre d'idées. Veuillez agréer, mon cher Général, les assurances de mes sentiments bien cordialement dévoués./. C. de Gaulle. » (correction manuscrite à "Adenauer") Provenance : Général Pierre Koenig, maréchal de France et compagnon de la Libération puis par descendance.
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